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1. EXPOSÉ DES FAITS

 

(publier avec l’aimable autorisation des éditions ère)

 

Dossier à charge

 

Le 10 octobre 1998, une femme appelle le 911 ; d’après l’opérateur, elle est en pleurs, appelle à l’aide, hurle qu’il faut lui « sauver la vie ». La femme déclare avoir été ligotée et violée, et s’être débrouillée tant bien que mal pour atteindre le téléphone et composer le numéro avec sa langue. Elle ajoute qu’elle a peur que son agresseur revienne ; elle ne précise à aucun moment avoir fumé du crack ou perdu connaissance. Des unités sont dépêchées sur les lieux. (RT 2:12081-1215) 

 

L’un des agents de patrouille de Compton ayant répondu à l’appel radio entend une femme pleurer à l’intérieur du domicile. Elle lui ouvre la porte avec ses pieds, et l’agent pénètre dans la maison. La femme est allongée sur le sol du salon, vêtue seulement d’une chemisette, les genoux et les chevilles liés par des morceaux de draps noués solidement entre eux. Ses coudes et ses poignets sont attachés dans son dos. Sa bouche est obstruée par un morceau de drap recouvert de gros scotch collé à l’arrière de sa tête. Elle pleure. (RT 2:1217-1224, 2:1227-1231) Le policier la détache, lui ôte le ruban adhésif des cheveux. (RT 2:1225) Des morceaux de draps découpés et une paire de ciseaux gisent par terre à côté d’elle. L’officier de police retrouve des pipes à crack, une aiguille hypodermique, un sachet alimentaire en plastique contenant des résidus de cocaïne et un préservatif déballé dans la chambre à coucher située à côté du salon. Le préservatif était sur le lit ; les autres objets étaient posés sur la table de toilette. (RT 2:1233-1237, 2:1244-1245, 2:1247, 2:1249)

 

La déposition de Virginia V. a été enregistrée lors de son audience préliminaire. Virginia a déclaré que le 15 octobre 1998 à 23h30, elle se trouvait à son domicile quand son manager est venu la trouver pour lui dire qu’il y avait « du travail » à l’extérieur : Virginia se prostitue pour de l’argent. Quand elle sort de chez elle, son manager lui désigne une Nissan rouge. L’appelant est assis au volant. Virginia monte à bord du véhicule et ils se rendent au domicile de l’appelant, après s’être mis d’accord sur la somme de 50 dollars avec la première moitié d’avance, la seconde après. Il n’est fait aucune mention de pratiques sado-masochistes. (RT 2:1270-1274 2:1281-1283)

 

Une fois sur place, ils se rendent dans la chambre de l’appelant ; il lui donne 25 dollars, et ils restent assis un moment devant la télévision à consommer de la cocaïne et à boire du vin en petites bouteilles. L’appelant pratique un coït oral sur Virginia, puis lui explique qu’il doit sortir acheter du crack. Elle l’attend, boit et s’endort. À son réveil, l’appelant est accroupi sur elle. Elle est ligotée, les mains attachées devant elle par du gros scotch, les jambes écartées et attachées au sommier par le même procédé. Elle porte encore son soutien-gorge, mais on a lui enlevé son pantalon et le reste de ses sous-vêtements. Elle n’avait pas donné son accord pour être attachée. Virginia demande à l’appelant ce qu’il a l’intention de faire. Il lui répond : « Tu meurs d’envie que je te viole. » Virginia s’est endormie deux fois avant le départ de l’appelant ; il lui demande si elle est fatiguée, elle lui répond qu’elle se sent mal. (RT 2:1274-1276, 2:1284-1288)

 

L’appelant bâillonne Virginia avec du ruban adhésif. Il se relève plusieurs fois, comme nerveux, et prend de la cocaïne. Il la pénètre digitalement à trois reprises, et la « palpe ». Il ôte le scotch afin que Virginia puisse pratiquer un coït oral sur lui. Il pratique ensuite un coït oral sur elle. Il est « très brutal », lui tire les cheveux. À un moment donné, Virginia lui dit qu’il n’est pas obligé d’agir ainsi, et qu’il n’a qu’à lui demander, même s’il n’a pas assez d’argent pour la payer. L’appelant lui répond que c’est sans importance. Il ajoute : « Demande à Keisha. Elle l’a déjà fait. » (RT 2:1277-1280, 2:1289-1290, 2:1295-1298) Lorsqu’il a terminé, l’appelant s’en va en conseillant à Virginia de ne pas tenter de s’enfuir. Elle parvient à libérer une main, roule sur elle-même et se glisse jusqu’au téléphone pour composer le 911 avec sa langue. Virginia n’avait jamais vu l’appelant avant cette soirée ; elle n’a remarqué aucun détail particulier relatif à son pénis ou à son scrotum. (RT 2:1280-1284, 2:1291-1295, 2:128)

 

Virginia était en manque d’héroïne ce soir-là et elle s’assoupissait par intermittence tout au long de l’incident. Elle avait bu trois bouteilles de 35 cl de Cisco avant de s’endormir. (RT 2:1285, 2:1287-1288)

Il a également été stipulé que Virginia avait témoigné lors de l’audience préliminaire de l’appelant le 8 février 1999, peu après 13h30 ; le décès de Virginia a été constaté le 9 février 1999 à 6h45. (RT 2:1299-1300/1500)

 

Paragraphe 1108 du Code pénal relatif aux antécédents criminels : affaire M.


 

Le 12 mai 1995, M. vivait à une rue du domicile de l’appelant, à Nicholson Gardens. Elle consommait alors de la cocaïne free-base. Ce soir-là, M. est chez elle avec ses enfants quand l’appelant passe chercher sa pipe de cocaïne. Il lui propose de venir se défoncer chez lui ; elle accepte et se présente peu après à son domicile. (RT 3:1502-1505)

 

Arrivée sur place, M. se rend aux toilettes. La lumière s’éteint. Quand la lumière se rallume, l’appelant lui met un couteau sous la gorge. Il lui dit de se déshabiller ; elle refuse. L’échange se poursuit jusqu’à ce que l’appelant menace de « le faire » avec D., la fille de M., âgée de 13 ans. M. accepte de se déshabiller et l’appelant la jette sur un matelas dans une chambre à coucher. Il la ligote dans le dos, lui attache les jambes et les chevilles, la bâillonne et lui scotche la bouche avec du gros ruban adhésif. L’appelant pratique un coït oral sur M., l’oblige à pratiquer un coït oral sur lui, puis la pénètre vaginalement. Il demande à M. si elle aimerait qu’il fasse la même chose à sa fille. Elle lui demande de laisser sa fille tranquille. (RT 3:1504-1508, 3:1512)

 

L’appelant dit à M. d’appeler D. au prétexte de lui demander d’apporter de l’argent. Il menace de la tuer si elle refuse de faire venir D. Quand D. arrive, vers 23h, l’appelant la tire de force à l’intérieur de son domicile. M. entend D. crier « Maman, maman ». L’appelant plaque un couteau contre la gorge de D. et lui ordonne de se déshabiller. Il jette D. nue sur le matelas à côté de M., qui est toujours ligotée. M. voit l’appelant violer sa fille. L’appelant emmène ensuite M. et D. dans une autre pièce, menaçant de les tuer si elles refusent d’obtempérer. Il passe de M. à D. pendant le reste de la nuit. Il effectue également une pénétration vaginale sur M. devant D. tout en touchant D. ; D. lui tourne le dos. À un moment, l’appelant insère un vibromasseur dans le vagin de D. Il l’oblige à pratiquer un coït oral sur lui. D. n’avait jamais eu de rapports sexuels et dit à l’appelant qu’il lui fait mal. (RT 3:1509- 1511, 3:1515-1519)

 

Dossier de la défense

 

Le Dr Jorge Dubin est un chirurgien-psychiatre ayant soigné des cas de dépendance à l’alcool ou aux stupéfiants. Il a lu le rapport d’autopsie de Virginia, lequel attribue la cause du décès à une overdose multiple de stupéfiants et à une interaction entre méthamphétamines, cocaïne, héroïne et morphine. Le décès de Virginia ayant été constaté le 9 février 1999 à 6h45, sa mort est intervenue entre 15 et 16 heures après sa déposition d’audience préliminaire. D’après Dubin, Virginia était une consommatrice régulière de stupéfiants, notamment d’héroïne. Le métabolite de l’héroïne reste présent dans l’organisme pendant environ sept heures ; si une personne a tendance à piquer du nez, c’est le signe que cette personne est sous l’emprise de stupéfiants. Une personne sous l’emprise de stupéfiants peut répondre de manière convaincante aux questions qu’on lui pose. Si une personne traverse une phase de black-out, elle est susceptible de faire des choses dont elle ne se souviendra pas une fois revenue à son état normal ; ou encore d’accepter quelque chose et de ne pas se souvenir de cet accord une fois revenue à son état normal. Les mélanges de stupéfiants ou de médicaments peuvent exacerber les black-out. (RT 3:1540-1546, 3:1548, 3:1553-1554) Si une personne ayant ingéré le contenu de trois bouteilles de liqueur de malt 18% et consommant de la cocaïne et de l’héroïne en un court de laps de temps affirme avoir eu un black-out, cette déclaration paraît crédible. (RT 3:1546-1547)

 

L’appelant a attesté qu’il était bien coupable des crimes commis sur M. et sa fille et qu’il s’en voulait terriblement ; il n’a émis aucune objection à la sentence de vingt ans prononcée à son encontre, car il était conscient de sa culpabilité. S’il n’a pas plaidé coupable dans cette nouvelle affaire, c’est parce qu’il ne l’est pas. (RT 3:1803, 3:1823-1824, 3:1839-1840)

 

L’appelant a vu Virginia pour la première fois devant une épicerie mexicaine lorsqu’elle lui a lavé ses vitres de voiture pour se faire un peu d’argent. La fois suivante, elle faisait du baby-sitting pour une de ses amies. Environ une semaine plus tard, l’appelant a informé son amie qu’il souhaitait la revoir. Ils se sont rendus à l’appartement de Keisha ; quand l’appelant est passé prendre Virginia, elle discutait avec un certain Johnny Smith Jr ayant jadis fréquenté (et battu) l’ex-petite amie de l’appelant, Bonita. (RT 3:1803-1806)

L’appelant et Virginia se sont mis d’accord sur le tarif de 25 dollars pour une séance de rapports sexuels sado-masochistes. En 1998, on pouvait avoir une prostituée à Compton pour 5 dollars de pépite de crack ; l’appelant avait ici accordé un supplément en échange d’un « petit plus ». Ils se sont arrêtés en route dans une supérette où l’appelant a acheté à Virginia une grande bouteille de Cisco à la pêche et un paquet de Salem. Une fois au domicile de l’appelant, ils ont fumé de la cocaïne, Virginia a bu du Cisco, puis se « sentant malade » a perdu connaissance plusieurs fois. Quand l’appelant lui a demandé si elle allait bien, elle lui a répondu qu’elle avait besoin de sa dose d’héroïne ; l’appelant l’a emmenée dans sa camionnette, elle a trouvé sa seringue et sa dose, puis est retournée au domicile de l’appelant pour se faire une injection. (RT 3:1806-1809, 3:1816, 3:1819-1821, 3:1827-1828, 3:1832, 3:1838-1839) À un moment donné, l’appelant est ressorti chercher de l’héroïne pour Virginia, car elle s’endormait tout le temps. À son retour, il a vu des véhicules de police stationnés au coin de chez lui ; il a préféré les éviter, car il était en liberté conditionnelle et en possession de stupéfiants. Il a roulé jusqu’à un stop, s’est retourné, la police a tiré sur lui, et il a pris la fuite. (RT 3:1811-1814, 3:1828-1830, 3:1833-1838 )

 

L’appelant n’a pas pratiqué de coït oral sur Virginia, et elle n’a pas pratiqué de coït oral sur lui. L’appelant avait peur du virus HIV ; au final, ils n’ont rien fait parce que Virginia était tout le temps malade et réclamait toujours plus de drogue. À l’époque, l’appelant se rasait le pubis ; il portait la cicatrice visible d’un ancien coup de couteau donné par sa femme. Son scrotum est anormalement large. (RT 3:1809-1811, 3:1815-1817, 3:1822, 3:1827) L’appelant n’a pas menacé de violer Virginia : c’était inutile, vu qu’il l’avait déjà payée pour avoir des rapports sexuels. Il ne l’a jamais frappée. Il n’aurait jamais pu s’asseoir sur elle pendant qu’elle pratiquait un coït oral sur lui, car il possédait un matelas à eau et pesait à l’époque une centaine de kilos. (RT 3:1811-1812, 3:1841-1842) Si l’appelant a traité M. de salope, ça n’avait rien de personnel. Pour l’appelant, ce terme s’applique à toutes les femmes. (RT 3:1825-1826)

 

Joncey : chefs d’accusation 11, 12, 13, 14, 15, 16 et 21

 

Joncey a 17 ans au moment du procès. Ces six dernières années, elle a systématiquement menti sur son âge auprès de la police en se rajoutant cinq ans de plus, car elle se prostituait et ne tenait pas à ce qu’on la sache mineure. Pendant le procès, Joncey déclare ne pas se rappeler ou refuse de répondre à grand nombre de questions. Elle confirme avoir déclaré à l’inspecteur Haight qu’en novembre 1998, à l’âge de 11 ans, elle avait rencontré l’appelant dans une gare routière Greyhound à San Bernardin et qu’il l’avait emmenée à Los Angeles. Elle affirme ne pas avoir dit à l’appelant qu’elle avait 11 ans à l’époque, et déclare ne pas se rappeler si oui ou non elle dit aux inspecteurs qu’elle avait informé l’appelant de son âge, que l’appelant lui avait dit qu’il la trouvait jolie, qu’il aimerait l’inviter à sortir, qu’il lui avait donné son numéro de téléphone, ou qu’elle avait accepté de sortir avec lui. Joncey affirme ne jamais avoir donné son âge à l’appelant. (RT 4:684-690, 4:693, 4:708-709)

 

Joncey ne se souvient pas d’avoir dit à l’inspecteur qu’elle aurait contacté l’appelant et l’aurait retrouvé dans un garage self-service, qu’il lui aurait montré des photos de filles en mini short et talons hauts, et qu’il lui aurait demandé si elle aimerait ressembler à ces filles. Elle ne se souvient pas avoir dit à l’inspecteur que l’appelant lui aurait alors promis qu’elle ressemblerait à ces filles si elle restait avec lui et qu’il lui achèterait de beaux habits, ni que l’appelant aurait insinué que ses parents ne s’intéressaient pas à elle et qu’elle ferait mieux de le suivre. Joncey déclare avoir suivi l’appelant de son plein gré, qu’il ne l’a jamais forcée à faire quoi que ce soit. (RT 4:690-692, 4:694, 4:709-710)

 

Joncey ne se rappelle pas s’être rendue dans un motel avec l’appelant, ne se rappelle pas si l’appelant lui a dit qu’il était proxénète et que les filles sur les photos travaillaient pour lui. Joncey affirme qu’elle ignorait que l’appelant était un proxénète. Elle ne se rappelle pas qu’il lui ait demandé si elle aimerait faire le trottoir pour lui, ni qu’il lui ait promis de beaux vêtements, ni qu’il lui ait affirmé que ses parents ne s’intéressaient pas à elle, ni qu’il lui ait proposé de leur téléphoner et que, voyant qu’elle n’obtenait pas de réponse, il lui aurait alors dit que s’ils étaient inquiets, ils seraient là avec elle, ni enfin qu’elle ait accepté de travailler pour lui. Elle ne se rappelle pas avoir dit à l’inspecteur que l’appelant lui a recommandé de ne jamais accepter moins de 50 dollars pour « une pipe », en précisant que le mot « pipe » désignait un rapport sexuel oral, et aussi spécifié qu’il fallait impérativement que le client lui touche les seins ou qu’elle lui touche le pénis afin de s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un policier. Ni de s’être fait dire que si elle se rendait à l’hôtel avec un client, elle devait d’abord téléphoner à l’appelant ou lui apporter l’argent juste après, et que si elle respectait les consignes il lui achèterait de jolies choses et s’occuperait bien d’elle. (RT 4:692-695)

 

Joncey déclare ne pas se rappeler avoir dit à l’inspecteur que l’appelant l’avait ensuite emmenée faire du shopping pour lui acheter de beaux vêtements, puis chez le coiffeur et la manucure, ni que, plus tard, deux hommes noirs étaient arrivés, que l’appelant avait dit à Joncey de faire comme ils lui disaient, et que l’un des hommes avait sorti son sexe en disant « Allez, suce-moi ». Elle ne se souvient pas d’avoir dit qu’elle avait essayé de s’enfuir cette nuit-là, mais que l’appelant l’avait rattrapée et ramenée au motel, qu’ils s’étaient douchés, que l’appelant avait alors demandé à Joncey si elle avait déjà couché avec un homme et qu’elle avait répondu que non, qu’elle n’y connaissait rien au sexe. (RT 4:695-697) Joncey ne se souvient pas d’avoir dit à l’inspecteur que l’appelant l’avait allongée sur le lit, qu’il avait sorti un préservatif, qu’il lui avait expliqué comment le placer sur un pénis en érection, qu’il avait insisté pour qu’elle lui fasse une fellation jusqu’à ce qu’elle accepte, qu’il lui avait ensuite ordonné de s’allonger sur le dos et qu’il avait introduit son pénis dans son vagin, qu’elle lui avait demandé d’arrêter ça parce ce qu’elle avait mal, mais qu’il s’était seulement arrêté quand il l’avait bien voulu. Elle ne se souvient pas d’avoir dit à l’inspecteur que le lendemain matin, l’appelant l’avait présentée à ses autres prostituées, ni que le soir, l’appelant l’avait emmenée à une soirée privée dans une résidence de South Los Angeles. (RT 4:697-699)

 

Joncey ne se souvient pas d’avoir dit à l’inspecteur qu’à cette soirée, une autre des prostituées de l’appelant, une femme prénommée Cinnamon, avait recommandé à Joncey de rester auprès d’elle et qu’elle lui montrerait comment faire. Ni que Cinnamon avait été approchée par un homme au cours de la soirée ; qu’elle avait dit à Joncey de les suivre dans le jardin, où elle avait pratiqué une fellation sur cet homme, s’était fait payer, et avait ensuite dit à Joncey : « C’est comme ça qu’on fait. » Plus tard pendant la soirée, un autre homme avait approché Joncey ; ils avaient eu des rapports sexuels, Joncey avait eu des remords mais s’était sentie mieux une fois payée. Joncey ne se souvient pas d’avoir dit à l’inspecteur qu’elle avait alors confié à Cinnamon qu’elle venait d’être payée, que Cinnamon lui avait dit de donner l’argent à Mac Bone, qu’elle [Joncey] lui avait répondu qu’il n’en était pas question, que Cinnamon était allée dire à l’appelant que Joncey refusait de le payer, que l’appelant a récupéré l’argent dans le soutien-gorge de Joncey, qu’elle avait protesté que c’était son argent, qu’elle l’avait gagné elle-même, et que l’appelant lui avait répondu : « Salope, c’est mon fric. Ton fric, c’est à moi. » Elle ne se souvient pas d’avoir dit à l’inspecteur que l’appelant l’avait giflée à plusieurs reprises, ni qu’elle s’était laissé choir à terre pour éviter les coups, ni que l’appelant l’avait giflée et étranglée en lui disant de ne pas le mettre en colère, est-ce qu’elle tenait vraiment à ce qu’il atterrisse en prison ?

 

Elle ne se souvient pas non plus d’avoir dit qu’ils étaient ensuite retournés au motel et que le lendemain, l’appelant lui avait demandé si elle était en colère à cause des coups qu’il lui avait donnés et que pour se faire pardonner il l’avait emmenée à Disneyland. (RT 4:699-702) Elle ne se souvient pas d’avoir déclaré à l’inspecteur que quelques jours plus tard, l’appelant l’avait emmenée en voiture sur Figueroa pour qu’elle commence à faire le trottoir, en lui recommandant de toucher les clients à l’entrejambe pour s’assurer qu’ils n’étaient pas de la police, et de sortir de leur voiture s’ils refusaient qu’elle les touche. Ou encore, d’examiner la plaque d’immatriculation pour voir s’il s’agissait d’un véhicule de police banalisé. Ou encore, de ne jamais monter à bord d’une voiture avec un Noir ou des filles noires à l’intérieur parce qu’ils tenteraient de la recruter pour un autre mac, ou encore de ne jamais croiser le regard d’un policier sous peine de se faire arrêter. Joncey ne se souvient pas d’avoir déclaré à l’inspecteur que pendant le restant de la journée, elle s’était livrée à divers actes de prostitution et avait remis tout l’argent ainsi gagné à l’appelant. Elle ne se souvient pas d’avoir déclaré qu’elle travaillait sept jours sur sept, gagnait parfois jusqu’à 1 500 dollars en une journée, et que l’appelant l’avait déjà emmenée avec d’autres filles en Arizona, à Washington D.C., à New York, dans le Nevada et en Floride pour y travailler, après l’avoir emmenée à Pico et Alvarado afin de lui obtenir de faux papiers d’identité pour qu’elle puisse prendre l’avion. (RT 4:702-704)

 

Joncey n’a pas dit à la police qu’elle travaillait pour l’appelant lors de ses arrestations successives le 26 février 2002, le 6 juin 2002, le 19 avril 2003, le 9 octobre 200324, le 10 avril 2004 ou le 18 juin 2004. Elle a déclaré qu’elle se prostituait depuis l’âge de 11 ans, qu’elle avait travaillé « partout », n’avait jamais travaillé pour un proxénète, qu’elle ne donnait pas d’argent à l’appelant, vivait « un peu partout », et résidait dans des foyers d’accueil depuis l’âge de 13 ans. Elle fugue systématiquement de ces foyers pour retourner sur le trottoir. Joncey gagne elle-même sa vie et elle aime la vie qu’elle mène. (RT 4:720-721, 4:729-735)

Extrait de : Exposé des fait, Vanessa Place, trad. de Nathalie Peronny, éditions ère, 2010

 

 

2. Audio File Name 010-00067-3500-999 (D)

Oui, je comprends. Je comprends.
Mm hmm.
Dans ma maison ?
Ah, d’accord.
Oui.
Alors il ne fait pas quoi ?
Ahh.
Je comprends.
Je comprends.
Oui, bien sûr.
Bien sûr.
Non, ce qui se passe…
Ce qui se passe…
…ce qui se passe, c’est que oui, peut-être, peut-être celui…oui, avec ma fille
je…c’est que j’avais l’habitude de boire beaucoup.
J’avais l’habitude de boire beaucoup et si je me suis trompée avec ma fille,
alors… mais ma petite-fille je ne l’ai jamais, pas ça, pas avec ma petite-fille.
Je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi ma petite-fille dit cela.
Non, [il] n’a pas raison de, [il] n’a aucun, [il] a ma parole.
Lali.
…Alors, ce qui se passe, c’est…
D’après ce que je me rappelle, alors, à peu près à cette heure, car… [je]
regardais la télé, en buvant. Et la fille est venue et s’est assise près de moi. Et, et
je l’ai touchée.
…mais [je] ne l’ai pas, [je] ne l’ai pas, hum, forcée, ou quelque chose comme ça.
Non. Je veux dire, je ne l’ai pas violée.
Seulement un contact.
Pardon ?
Oui.
Quoi ? Qui ? Moi ?
Je ne me rappelle pas, entre huit, huit ou sept, huit ans.
Pardon ?
Je ne me rappelle pas.
Non, mais c’était seulement en haut comme ceci, pas, pas, non pas comme cela.
Oui.
Mais, je veux dire, [elle] portait sa petite culotte.
Oui.
Ce qui s’est passé, c’est que je regardais la télé et [elle] est venue et s’est assise et…
Je me rappelle de ça, les jambes et ça. Mais je n’ai jamais touché ses parties génitales.
…Rien, je me suis masturbé là, près d’elle.
Comment j’ai touché ?
Avec ma main.
Non. Enfin, elle avait son dos tourné vers moi.
Oui.
Mais [son] dos était tourné vers moi. Je veux dire qu’elle regardait la télé.
Oui.
Ce que [je] ressentais ?
Enfin, le
enfin, ahh. Une masturbation manuelle, oui ? Ahh…
Ahh… vous savez, et saisissant la fille.
Oui.
Mais, mais ici, je veux dire pas, pas en touchant [ses] parties.
Enfin, pour masturber.
Oui.
La sienne ?
Sur le pénis.
Oui.
Oui.
Non, enfin, je l’ai relâchée. À ce moment…
Après. Mais la vérité c’est que je ne me rappelle pas très bien. Ça fait dix-huit 
ans déjà, et j’étais ivre. 
Mais c’est ce dont je me rappelle. 
Oui. 
Non. 
Quoique, quoique je ne sais pas. Non, je ne le pense pas. 
Mais je ne me rappelle pas de ça, non, si j’étais en train de conduire, comment 
est-ce j’ai pu l’a touché ?
Enfin en fait, en fait je dois le faire. 
Lui demander pardon. 
Non, en fait, j’y pense à tout cela, et oui, je dois, lui demander pardon et… 
…ahh 
Oui, ça l’est. 
La vérité, c’est que je ne me rappelle pas. Mais oui, oui. Je ne me rappelle pas 
de ça. Mais oui, oui, ça l’était. C’était peut-être intentionnel ; ce n’était pas 
intentionnel puisque en conduisant, écoutez, et de 
tourner comme ça… 
la vérité c’est que… 
Umm, mais je ne crois pas cela non plus, mais. D’autres choses sont en train 
d’apparaître qui ne… 
La vérité c’est que je ne me rappelle pas. 
Non, non. 
Écoutez, je ne me rappelle pas. 
Je ne me rappelle pas et puis, et puis. Et cela m’aide aussi comme, 
comme soulagement, parce que je me sens un peu plus, un peu plus allégé du fardeau 
que je, que je porte. Mais la vérité c’est que je 
ne me rappelle pas de ça. 
Enfin, c’était ce jour-là… 
…ce jour, sur le canapé, oui. Que, que j’étais en train de, enfin, je me 
masturbais. 
Oui, ça, c’est vrai. 
Je ne me rappelle pas d’une telle chose. 
Pourquoi vous ne, vous ne…? 
Pourquoi vous n’amenez pas Lali ? 
Pourquoi vous n’amenez pas Lali ? 
Écoutez, la vérité c’est que je ne me rappelle plus. Plus maintenant. 
Pour moi, ça n’est pas, pour moi ça n’est, non, ce n’est pas, ce n’est pas que je 
ne veux pas parler, 
c’est que je ne me rappelle pas. C’est la vérité.
Oui. 
Non. 
Mm hmm. 
Que je lui ai fait quoi ? 
Mais c’était, c’était quand. Peut-être je n’ai pas été clair, mais c’était la fois où, £
où, la fois où j’ai masturbé. 
Enfin, c’était que, non, ça fait dix-huit ans. Je ne me rappelle pas si j’étais allongé 
ou assis près d'[elle]. 
Oui, oui, oui. 
Quoi ? Je n’ai pas très bien compris. 
Je ne vous ai pas, je ne vous ai pas entendu. 
Moi non plus, ça va, uh huh. Mais je ne me rappelle pas de ça. 
OK, en disant qu’il ne doit pas avoir lieu, il n’aura pas lieu. 
Mais si elle dit ça, je n’ai pas d’autre option que de l’admettre. Qu’est-ce que je 
peux faire ? 
Si je dis autre chose, vous allez être dur avec elle. 
La vérité c’est que je ne rappelle pas de ça… 
Non, c’est pour ça que je dis… 
…oui, bien sûr. 
Oui, bien sûr j’ai des regrets. 
Oui, je veux dire que je ne l’ai pas pénétrée. C’est de ça que je parle. 
Et alors c’est ça… 
C’est ça que je comprends… 
Que voulez-vous dire ? 
Alors on aurait pu faire des tests qui, qui prouveraient qu’il y avait pénétration, 
qu’il y avait déchirement.
…Je ne sais pas, peut-être c’était un moment de faiblesse, puisque j’étais ivre. 
[Je] ne veux pas, ne [veux] pas, [je] ne veux pas dire que c’était à cause de 
l’ivresse, parce que… 
…parce que « même un ivrogne sait qu’il ne faut pas se tirer dans le pied »… 
…mais, mais je ne l’utilise pas comme une excuse. 
…Je, la vérité c’est, comme j’ai dit, enfin je veux juste, je me rappelle de ça. Mais 
je ne pense pas, [je] ne pense pas que je l’aurais pénétrée, c’était en haut… 
…Non la vérité c’est que je ne, je ne, ne, ne sais pas. Mais je, je me rappelle que
je ne l’ai pas pénétré,
comme ça, au-dessus d’elle, mais par derrière, entre les petites jambes.
Enfin oui, au milieu comme ça avec le pénis.
Pardon ?
Je ne me rappelle rien de tout cela.
Pardon ?
Je ne, je ne, je ne me rappelle pas si [elle] a ou pas.
Non.
Je ne me rappelle pas, non. Qui n’a pas eu ? Moi ?
Je ne me rappelle pas.
Pardon ?
Oui.
Non, je me rappelle pas, c’est la vérité.
Non, [c’est] que je ne me rappelle pas de cette fois.
Moi avec elle ?
Non, enfin, non, je ne sais pas, ça s’est juste passé.
Comme je vous dis, enfin, elle s’est allongée avec moi et…
Pardon ?
Oui. Enfin, c’était un enfant, oui ? 
Je dis encore, peut-être un, un moment de faiblesse…
…un moment de faiblesse.
…Rien, déjà après que j’ai, enfin, commencé à la toucher.
Non.
[Elle] avait le dos tourné vers moi.
Le ventre. Les petites jambes. Mais je ne lui ai jamais touché le vagin, et elle dit
non.
Désolé, je ne vous ai pas entendu.
Je ne me rappelle plus de ce temps.
Non.
…Moi qui l’ai forcé ?
Non.
Et non, bien, j’essaie de faire le plus honnêtement que [je] peux. Mais non, non, il,
il y a beaucoup de choses qui font surface en ce moment que je n’ai pas.
Et puis oui, mais c’est comme je vous ai dit. Comme j’ai déjà dit, je ne veux pas
utiliser, ah, ah, l’alcool comme excuse. Mais il y a beaucoup de choses dont je ne
me souviens plus, d’accord ?
Non, eh bien, comme je vous dis, [il] évoque beaucoup de choses dont je ne me
souviens pas.
Non.
Mais je ne peux, ne peux, [je] ne peux pas [vous] dire…
Mais je suis aussi honnête que je puisse être. Je ne peux pas dire des choses,
des choses dont je ne me souviens pas.
Non, je n’ai pas de raison de mentir, mais la vérité c’est que je ne me rappelle
pas.
…Alors si elle le dit, oui ?
Enfin, on l’a déjà expliqué, oui ? Ce qui s’est passé sur le canapé, et c’était ça.
Parce que je ne me rappelle de rien de plus.
Et ça s’est passé, ça s’est passé parce que… enfin, un moment quand, je ne sais 
pas, la vérité c’est que je ne sais pas ce qui m’est arrivé. 
Je ne sais pas, je ne sais pas ce qui m’est arrivé, c’est la vérité. Mais je ne me 
rappelle pas de ces choses. 
Parler, mais de toute façon, comme [il] dit, si, s’il dit que Lali et moi ont eu des 
rapports, de toute façon, celui qui l’a fait c’était moi, parce que j’étais l’adulte. 
Et je ne, ne, ne, ne, enfin, je ne me rappelle pas l’avoir pénétrée, ce n’est pas, 
pas que, pas que je ne me rappelle pas, je ne l’ai pas pénétrée. 
Je me rappelle c’était en haut, mais pas, pas… 
Mais entre les jambes, alors 
je ne suis pas sûr, je ne suis pas sûr. 
Je ne suis pas sûr, pas sûr mais c’était, c’était… 
Pardon ? 
Non. 
Je ne pense pas, mais. 
Mais je l’adm… En fait, je l’admets, mais il n’y a pas eu pénétration. J’admets ce 
qu[‘il] me dit, ce qu'[il] dit. 
Mais je ne l’ai pas, pas. Il n’y a pas eu de, de, enfin, il n’y a pas eu de 
déchirement. Mais ce à quoi je me réfère, c’est qu’il n’y a pas eu de pénétration. 
Oui. 
Je pense que oui. 
Non, c’est que je ne suis pas sûr. 
…alors je lui dis que oui, ça c’est passé ? Ou, vous pensez ? 
Non, non, c’est, enfin ce n’est pas, non, non, uhm. Je ne peux pas donner, je 
veux dire, je ne suis pas sûr, non, si, 
s’il a pénétré. Il n’a pas pénétré, il n’a pas pénétré. 
Probablement, oui. 
…Uhh enfin, la vérité c’est que je ne trouve pas les mots, c’est ça. 
[Il] pourrait [lui] dire de me pardonner. 
De, de me pardonner, que j’étais un idiot et ne sachant pas…
…comment évaluer l’affection qu’elle a pour moi…
ou avait pour moi.
Ça c’est, c’est une autre chose dont je ne me rappelle pas.
C’est pourquoi, mais je dis encore, c’est une des choses dont je ne me rappelle
plus.
Je ne, je ne me rappelle pas, parce que soit [je] l’ai forcée ou elle-même, mais
je ne me rappelle pas de ça. Pardon ? 
Je ne me rappelle pas, je veux dire, [je] ne me rap’, c’est pas, pas, pas, pas que 
j’ai oublié, je ne me rappelle pas de ça, pas, pas, pas, [je] veux… pas que je ne 
me rappelle pas, je ne… 
je ne me rappelle pas de ça. 
Je ne me rappelle pas de cette partie. 
Non, mais c’est pourquoi, pourquoi je vous dis je ne me rappelle pas de cette 
partie. Non, je ne veux pas qu’il lui dit ça. Mais, mais… 
Enfin, je ne me rappelle pas de cette partie… 
Comment, comment puis-je être plus clair ? 
…ou, comment, comment, comment dois-je ? 
…comment dois-je [lui] faire comprendre quelque chose dont, dont, ou, que je ne 
me rappelle pas ? Non, je ne me rappelle pas. Franchem’… 
…je vous parle franchement et, et, et j’ai peur de Dieu. 
Je sais qui est Dieu. 
Et c’est pourquoi, mais comment veut-[il] que je ; je dis encore, de [lui] dire 
quelque chose dont je ne me rappelle pas ? 
Oui, mais je me sens stressé par des choses dont [je] ne, je ne, ne, ne me 
rappelle pas. 
Peut-être, peut-être si je me rappelle d’un peu plus, plus, alors je le dirais. Mais 
non, 
non. 
Maintenant, je répète… 
…ce que j’ai déjà dit, que [j’étais] dans un brouillard, dans un brouillard à cause 
de, à cause du vin et tout ça. Comme je vous ai dit, je ne veux pas l’utiliser 
comme une excuse. Ce n’est pas, 
pas mon absolution, ni ma rédemption non plus. Le, le, le, le, le, le fait est que 
[je] buvais. 
Comme j’ai déjà dit : même un ivrogne sait mieux que de se tirer dans le pied. Il 
n’y a pas d’ivrogne buveur de, buveur de, buveur de vin qui se jetterait sous un 
bus. Mais je ne me rappelle pas de ces choses. 
Oui, oui. 
Non, mais je [nie] ça… 
…Je réitère, je nie ça, je nie. 
Non, non, non… je ne suis pas. 
Au préalable, je vous dis que je le nie. 
Mais [il] va me dire que je nie. 
Ou, ou, lui aussi veux me dire.
C’est [pourquoi] 
Pardon ?

 

Traduction : Liz Young

 

 
(Pause) 
(Pause) 
(Pause) 
(Pause) 
(Pause) 
(Pause)
(Pause)
Je ne vous ai pas entendu.
Oui.
Oui.
Oui.
(Pause)
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
(Pause)
Oui.
Oui.
(Pause)
(Pause)
(Pause)
Oui.
Oui.
(Pause)
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
(Pause)
Oui.
Oui.
Non.
Oui.
Vous, c’est vous qui me dites ça, tout le temps. Vous avez attiré mon attention à ça, tout
le temps.
(Inintelligible) Non.
Je n’ai aucune idée.
(Pause)
(Pause)
Peut-être.
(Pause)
Je… C’est ce qu’elle a dit plus tôt.
Non, je, je ne me rappelle pas.
Alors pourquoi, pourquoi vous ne lisez pas vos notes ? Vous avez déjà lu, vous m’avez
déjà posé ces questions.
Lisez vos notes alors. Vous verrez la réponse.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
(Pause)
Oui.
C’étaient les mêmes questions que vous m’avez déjà posées avant de…
(Soupir)
Ça l’était.
Oh, oui, oui.
Oui.
Oui.
Peut-être.
Peut… peut-être.
Oui.
Oui.
Oui.
Je ne l’ai pas pris. Je l’ai laissé là-bas.
Dans sa maison.
Ça, uhh, je ne me rappelle pas.
Ouais, elle m’a offert le fric.
Oui.
Oui.
Non.
Uhuh.
Oui.
Je ne l’ai pas mérité ou je n’ai pas gagné cet argent.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Non.
Je n’ai aucune idée. Ça fait un moment.
(Pause) Petite voiture, je pense.
Um, pas que je me rappelle, je ne peux pas uh,
pas que je me rappelle maintenant.
Je, (Pause) je, je, je ne me rappelle pas.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
(Pause)
Alors, vous dites de dire oui ?
Non.
Oui.
Oui.
(Pause)
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Non.
C’était juste là par hasard. J’ai juste…
Ouais.
Possible.
Oui.
Oui.
Oui.
(Pause) Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Non.
Supposément.
(Pause)
Non.
Non.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Mmhhumm.
(Pause)
Oui.
Non.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
(Pause)
Oui.
Oui.
Oui.
C’est la vérité.
Oui.
Oui Monsieur.
Oui Monsieur.
Oui Monsieur.
Oui Madame.
Non.
Oui Monsieur.
Oui Madame.
Oui Madame.
Oui Madame.
Oui Madame.
(Pause)
Oui Madame.
Oui Monsieur.
Oui Monsieur.
Oui Monsieur.
Non Monsieur.
Oui.
Oui Madame.
J’ai dit je ne peux pas défaire ce que j’ai fait et je le regrette sincèrement et je voudrais
que ça n’avait jamais eu lieu.
Oui Madame.
Non Madame.
Oui Madame.
(Pause) Je, je…
Faites donc.
Oui Monsieur.
(Pause) Non Monsieur.
(Pause)
Oui Monsieur.
Oui Monsieur.
Non Monsieur.
(Pause)
Eh bien, je suis ici maintenant.
Oui Madame.
Oui Madame.
Pas…
Oui Madame.
Oui Madame.
Oui Monsieur.
Oui Monsieur.
(Pause)
Pas à ma connaissance, non.
Non.
Est-ce que ma mère le sait ?
Allez-vous me permettre de lui dire que je risque d’être parti pendant très longtemps ?
À cause, à cause de mes mal-faits, oui.
Oui.
Oui Monsieur.
Oui Monsieur.
Quand est-ce que je vais au tribunal ?
Je serai défendu ?
Et la raison pour l’enregistrement et le, vous savez, les notes, c’est pourquoi ?
Est-ce que toutes les personnes que j’ai offensées seront là ?
Mr. Collette, non, mais personnellement,
que pensez-vous de moi personnellement ? Vous, pas au nom de votre fonction, pas
votre…
Madame Christine, dans tous les cas que vous avez vus, que pensez-vous de moi
personnellement ? Je veux dire honnêtement.
Oui.
(Pause) À part ça, que pensez-vous de moi ?

 

Traduction : Liz Young

 

 

Pendant une visite à
un orphelinat
hier,

une petite fille
est venue
me voir,
en larmes. 


« Veux-tu 

parler avec moi ? »
j’ai dit.


« Je pense que oui »
elle a dit.
« La vie n’est pas juste.

Quand j’avais 4 ans
moi et maman
sommes allées à la plage,

et elle a garé la voiture
et puis,
puis nous sommes sorties
pour prendre une glace.

Et puis on attendait
que les feux virent au rouge
et le bonhomme vert
s’est allumé, et nous avons traversé

la rue. Mais le
méchant homme ne s’est pas arrêté,
et maman m’a jetée loin et
elle a été heurtée par la voiture.
Puis elle est morte
et est allée au Paradis. »
 


« Oh, c’est si
mal » j’ai dit.


« Le Paradis n’existe pas. »


 

Traduction : Liz Young


Enregistré à l’Espace Khiasma le vendredi 26 septembre 2014, dans le cadre du festival Relectures 15

Une transcription traduite en arabe sera très prochainement disponible sur le site

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