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Bonjour Badr…

 

Je vais commencer par te parler en langue amazighe ce qu’il me reste en mémoire, il m’arrive des fois d’oublier notre langue. Ce que tu entends en ce moment ce sont les voix de mes cousines, mes cousins lors d’une promenade en forêt dans le Rif…

 

C’est une façon pour moi de lancer notre correspondance magnétique… voilà, j’ai mis en fond sonore une vidéo enregistrée en langue amazighe pour me mettre en confiance, ce n’est pas si évident de parler comme ça finalement…

 

C’est assez inattendu de parler amazigh toute seule face à une cassette. Je suis en ce moment à Meylan, il est 13h10 de l’après-midi et je n’ai toujours pas déjeuné, je me suis fait un café… Par moment je te parlerai en langue amazighe et à d’autres moments en français.

 

Je serai plus à l’aise pour parler…

 

En parlant de cette aisance de la langue, tu disais dans ta dernière K7…

 

Oui au fait ta K7 est arrivée le 14 novembre avec la grève, elle a mis une semaine pour arriver.

 

J’ai reçu ta K7 avec du retard, c’était à cause de la grève. Tu me disais dans cette dernière K7 que tu avais des difficultés à parler en langue amazighe au téléphone avec tes proches, que ton père ne te comprenait pas, en fait je vis la même expérience que toi, finalement je réalise aussi… en fait comme toi…

 

Lorsque j’appelle la famille par téléphone dans le Rif ou même ici en France, les mots ne me viennent pas facilement, car la fluidité de la langue se perd lorsqu’on ne la pratique pas régulièrement.

 

Mais quand je suis dans le Rif, les mots et leur fluidité me reviennent naturellement.

 

Mais je crois que c’est le contexte qui fait la parole, la langue. En France, je suis entourée de personnes qui ne parlent pas cette langue et je ne la pratique pas, car le quotidien de ma langue est la langue française depuis de nombreuses années.

 

Il parait que je parle amazigh avec l’accent français.

 

Il parait que j’ai un accent français amusant quand je parle la langue amazighe, ça amuse les gens que je rencontre lorsque je vais au Maroc, je ne me rends pas bien compte de l’effet que cela renvoi de parler avec un accent français lorsque je la parle…

 

Lorsque je vais voir la famille au pays, mon accent français les surprend, les amuse.

 

La famille est vraiment étonnée de m’entendre parler la langue amazighe avec un accent français très prononcé, ils s’étonnent que les choses s’inversent, ça les amuse… notamment quand je vais au souk.

 

Au Maroc, je suis vraiment tenu d’articuler tous mes mots pour me faire bien comprendre, il me faut quelques jours d’adaptations pour retrouver la sonorité de la langue dans mes mots, dans mes expressions. Lorsque je suis arrivée en France enfant je ne parlais pas vraiment la langue amazighe.

 

Je suis née au Maroc à Tazouda, et je n’avais qu’un an et demi lorsqu’avec mes parents et mes deux frères nous sommes allés vivre en Algérie. Mon père avait trouvé un travail en Algérie. C’était quelques années après l’indépendance de l’Algérie. Nous avons vécu quatre années en Algérie, et entre-temps mon père était parti travailler en France. Nous sommes restés deux années sans le voir. Ensuite mon père nous a fait les papiers pour venir le rejoindre en France. Lorsque nous étions en Algérie, nous parlions le dialecte arabe, par moment notre mère nous parlait aussi en langue amazighe et même en espagnol, c’était un mélange assez complexe et drôle de ces 3 langues.

 

Et lorsque nous sommes arrivés en France nous avions ces langues dont nous étions imprégnés et nous y avons ajouté une quatrième langue qui était le français.

 

À cette époque-là lorsque nous sommes arrivés en France au début des années 70, avec les parents nous avions ces langues pour communiquer entre nous.

 

C’était amusant comme langue, nous avions créé une cinquième langue à partir des 4 langues dans lesquelles nous avions puisé notre vocable pour communiquer entre nous.

 

Je suis restée ainsi dans cette culture, cette pratique de ma langue faite d’emprunts, à ce moment-là nous n’étions pas retournés au Maroc, depuis l’Algérie nous sommes arrivés en France.

 

Mon père avait trouvé un travail au Grau du Roi, nous sommes arrivés à Marseille, ensuite nous avons pris le train.

 

Nous sommes arrivés en train à Nîmes, ensuite nous avons pris un bus pour aller jusqu’au Grau du Roi.

 

Le Grau du Roi c’est un petit port au bord de la Méditerranée qui reste toujours aussi beau.

 

Nous sommes arrivés en fin de journée dans la maison où nous allions vivre, une maison au bord de la mer, une maison incroyable avec un jardin.

 

La maison était située dans une zone encore naturelle, à cette époque-là il n’y avait pas toutes ces constructions qui existent aujourd’hui au Grau du Roi, il y a de cela 30 ans. Il y avait des flamants roses, des aigrettes, beaucoup d’espèces d’oiseaux et notamment les flamants roses qui repartaient l’hiver vivre en Afrique et qui revenaient au printemps. J’arrivais dans un paysage que je ne connaissais pas.

 

Je ne connaissais pas ce genre de paysage, la grande mer Méditerranée avec ses bateaux de pêche, ses marais. Lorsque nous sommes arrivés en France, c’était la veille du 14 juillet.

 

Le jour du 14 juillet, j’ai vu les feux d’artifice dans le ciel, je ne comprenais pas, je ne savais pas ce que c’était, seulement que c’était beau à voir et en même temps effrayant à cause du bruit que cela faisait. J’avais peur et mon père m’a rassuré en m’expliquant que c’était des feux de fête.

 

Je suis restée, je me souviens, à contempler le ciel avec ces feux de toutes les couleurs, que je n’avais jamais observé auparavant, un ciel en feu et en couleur.


Réalisé par Badr Hammami et Fadma Kaddouri pour L’appartement22

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